>> Voir l‘ensemble du débat au Conseil national (27/09/2024)

>> Lire ci-dessous le texte de l’intervention de Nicolas Walder:

Par cette initiative, le canton de Genève en appelle à l’Assemblée fédérale afin d’intervenir auprès du Conseil fédéral pour que Genève et sa région puissent accueillir une future conférence des Nations Unies sur le climat (COP). Il demande également que notre assemblée soutienne toute démarche permettant de placer Genève et la Suisse au coeur de l’agenda international dans le domaine des changements climatiques ou de la finance durable. Car le canton de Genève déplore, comme nous, le manque d’engagement du Conseil fédéral pour placer notre pays au coeur des enjeux environnementaux. Et malheureusement pour Genève, seuls les Etats peuvent faire acte de candidature pour l’organisation d’une COP.

Les auteurs de l’initiative ont d’ailleurs très pertinemment rappelé que le Conseil fédéral avait déjà refusé l’organisation de la COP31 en 2026 et qu’il n’évoque aujourd’hui plus qu’une éventuelle très lointaine candidature. C’est que les autorités de mon canton se préoccupent de l’avenir de la Genève internationale qui subit une forte concurrence ainsi que les restrictions budgétaires qui affectent les activités de nombreuses institutions internationales. Dans ces conditions, la conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques représente une réelle opportunité pour la région. Une occasion parfaite pour placer la Suisse dans un domaine d’avenir où elle n’est que trop peu présente.

Pour appuyer leur initiative, les autorités cantonales mettent en avant les conditions qu’offrent Genève et sa région. Un canton qui avait déjà accueilli la COP2 en 1996 et qui peut compter, en matière d’hébergement et de collaborations économiques, académiques et internationales, sur une région très dynamique, allant de Lyon à Montreux, voire au-delà. Ainsi, Genève pourra sans grande difficulté faire ce que Glasgow est parvenue à réaliser pour accueillir la 26e COP.

Malheureusement, au lieu de se réjouir de cet engouement d’un de nos cantons et d’entamer le dialogue avec lui, la majorité de notre commission vous propose simplement de lui claquer la porte au nez en refusant de donner suite à cette initiative. Notre minorité trouve cette réaction inadéquate, d’autant plus qu’il s’agit à ce stade simplement de donner suite à cette initiative afin de pouvoir étudier cette demande cruciale pour la politique d’Etat hôte de notre pays. Une demande qui a le soutien de toute une région et de ses acteurs économiques, académiques et politiques. Pourquoi dès lors refuser de donner suite à cette initiative et permettre d’aborder les questions logistiques et financières qui préoccupent justement la majorité?

D’autant plus que ce n’est pas la première fois que nous avons à déplorer, au sein de notre commission, le peu d’entrain du Conseil fédéral pour étendre notre politique d’Etat hôte aux questions environnementales et climatiques. En novembre 2023, notre commission avait déjà décidé d’écrire au Conseil fédéral pour lui demander expressément de faire acte de candidature pour organiser la COP16 sur la biodiversité suite au désistement de la Turquie, meurtrie par un séisme. En vain! Aujourd’hui, les mêmes arguments de coûts et de complexité sont évoqués pour refuser – comme par principe – de discuter de l’organisation d’une COP climat, avant même d’en connaître les contours et de savoir quelle part des coûts Genève est prête à prendre à sa charge.

Pourquoi refuser d’étudier cette demande qui vise simplement à dynamiser notre politique d’Etat hôte dans un domaine qui sera sans conteste au coeur de toutes les attentions? Pourquoi ne pas faire confiance à notre pays qui possède déjà une grande expertise avec ses centres universitaires et de recherche, son tissu économique de pointe et diversifié, ainsi que la présence sur son territoire d’un réseau d’acteurs multilatéraux dans une multitude de domaines dont la santé, le commerce, la finance, la migration ou encore les droits humains? Pourquoi vouloir marginaliser notre pays pour de nombreuses années en le privant d’une opportunité de défendre sa place et sa visibilité de plus en plus concurrencées au coeur de la scène internationale? Faire des économies ne doit pas être le seul mantra de notre Parlement, d’autant plus lorsqu’un canton veut s’engager. Car être absent aujourd’hui des enceintes internationales sur les enjeux centraux liés à l’environnement risque de coûter bien plus cher à notre pays sur le long terme.

C’est pourquoi je vous invite à donner suite à cette initiative du canton de Genève afin de pouvoir évaluer les coûts inhérents à une telle candidature, mais aussi les opportunités politiques et économiques qu’elle ne manquera pas d’engendrer. Si une fois les éléments en notre possession, cette demande s’avérait une fausse bonne idée, il serait toujours temps d’y renoncer.
D’avance, je vous remercie de suivre ma minorité.